The Numismatic Museum honours the memory of the distinguished numismatist, academic and friend of the museum, Olivier Picard
Here we cite the obituary written by the journalist PY Catinchi that includes information about the life and works of the late Olivier Picard provided by the internationally esteemed numismatists and archaeologists Cécile Morrisson, Pierre Ducrey, Denis Knoepfler, Jean-Yves Empereur and Cathrine Grandjean (Le Monde/16-09-2023).

1940 4 mars Naissance à Bernay (Eure)
1980 Les Grecs face à la menace perse (SEDES ; Armand Colin, 1995)
1981-1992 Directeur de l’Ecole française d’Athènes
2009 Elu à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
2023 1er septembre Mort à Thasos (Grèce)
Président pour l’année 2023 de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres comme de l’Institut de France, l’archéologue et helléniste Olivier Picard est mort brutalement à Thasos le 1er septembre à l’âge de 83 ans.
S’il appartenait à une véritable dynastie de savants dont il a prolongé magistralement l’apport historique comme archéologique, il sut ne pas se contenter d’être un héritier mais a profondément révolutionné son champ d’investigation comme les institutions qu’il fut amené à diriger. Certes son grand-père Charles Picard (1883-1965), archéologue qui dirigea l’Ecole française d’Athènes (1919-1925), fut membre de l’Institut et fit référence pour son Manuel d’archéologie grecque indiquait une voie que ses enfants suivirent. Si son fils, Gilbert Charles-Picard (1913-1998) s’est orienté vers sur les sites antiques du Maghreb – notamment sur les sites puniques et romains de Tunis, comme son épouse Colette (1913-1999), conservatrice du site archéologique de Carthage, Olivier Picard, leur fils, sut innover par une pratique de la recherche qui intégra la numismatique comme une composante à part entière de la vision historique. Singulier comme le fut sa tante Yvette (1920-1943), philosophe proche de Maurice Merleau-Ponty et plus encore de Simone de Beauvoir, qui s’engagea dans la Résistance et, arrêtée, se lia avec Charlotte Delbo et part avec elle vers les camps de la mort, ou comme son oncle, Jean-Charles Picard (1942-1992), qui opte pour l’Ecole française de Rome, l’Antiquité tardive et le haut Moyen-Âge.
Olivier Picard, toutefois, commence sagement dans le sillage de ses parents. Au hasard des postes de son père, il commence sa scolarité au lycée de Carthage, puis fréquente Fustel-de-Coulange à Strasbourg, enfin Henri-IV à Paris avant d’intégrer l’Ecole Normale (1960) et la Sorbonne. Agrégé d’Histoire (1964), il suit les pas de son aïeul à l’Ecole française d’Athènes (1966-1971) où il se lie avec le suisse Pierre Ducrey à l’arrivée du jeune savant. Une amitié indéfectible lira les deux hommes dès 1967. Mais ce parcours parfaitement académique a déjà bifurqué puisque le jeune archéologue se passionne pour l’étude de la monnaie depuis qu’il a rencontré l’archéologue et numismate belge Tony Hackens (1939-1997) dont les audaces dépoussièrent un champ souvent considéré aux marges des lectures historiques. Olivier Picard fera donc autrement de l’archéologie, relisant les péripéties antiques par les enjeux de la frappe et de la circulation monétaire. A l’instar du grand épigraphiste Louis Robert (1904-1985), professeur au Collège de France et membre de l’Institut, ennemi juré de son grand-père au demeurant, qui ne séparait l’inscription de son contexte, de son support matériel, mais aussi de son support sociologique. Pour Louis Robert épigraphie, philologie, papyrologie et numismatique étaient indissociables de la pratique archéologique. Une leçon que Picard fit sienne. A la façon dont le numismate Georges Le Rider (1928-2014) avait adopté l’enseignement d’Henri Seyrig (1895-1973).
Mais le savant est aussi un enseignant. Généreux, rigoureux, stimulant, chaleureux passé le rempart de la pudeur. Rentré d’Athènes, le voilà assistant (1971), puis maître -assistant (1974), enfin professeur (1979) à l’université Paris X-Nanterre, qu’il ne quitte que pour prendre la direction de l’Ecole française d’Athènes (1981-1992). Pour l’Ecole c’est un souffle d’air frais puisqu’il ouvre l’établissement aux études néo-helléniques comme à des champs nouveaux, tels que les Balkans et l’Albanie avec le concours de Pierre Cabanes (1930-2023), militant infatigable des décloisonnements. Picard s’intéresse aux techniques nouvelles et engage l’Ecole dans ses premières fouilles sous-marines à Thasos (1984), puis à Chypre, avec les partenaires locaux dont, en administrateur vigilant et équitable, il revoit le statut pour améliorer et garantir leur position sociale. Homme de terrain, le directeur plonge lui-même sur chaque chantier aquatique pour juger de l’avancement des travaux. Lorsque Jean-Yves Empereur fonde en Egypte le Centre d’études alexandrines (1990), Picard est sur place pour étudier la première récolte des fouilles en y associant ses doctorants. S’en suit sa découverte, avec le jeune Thomas Faucher, du système de monnayage des Ptolémées, qui fait aussi loi pour les numismates.
Revenu à Paris, il reprend brièvement sa place à Nanterre (1992) avant d’intégrer la Sorbonne (1993). Elu en avril 2009, comme naguère son aïeul, à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres au fauteuil de François Chamoux (1915-2007), il s’investit toujours dans les réformes sur le recrutement de l’Institut français d’archéologie orientale (IFAO) lorsqu’il meurt soudain à Thasos où il retournait chaque été, pour travailler toujours.







